28 février 2012

tsai ming-liang

« Cela puait la lavande, le camphre, l'essence de géranium, la sarriette et la sauge. Les aspérités de la peau râpèrent l'extrémité de ses doigts, frémirent sous la caresse, burent le remède dans le silence de la chambre ». Je songeais à cette phrase de Jean-Baptiste Del Amo dans Une éducation libertine en regardant I don't want to sleep alone de TSAI Ming-Liang, lorsque le vagabond, recueilli par de pauvres travailleurs bengalis dans une banlieue sordide de Kuala-Lumpur, et quasiment « adopté » par l'un d'entre eux, frotte avec amour le dos de son ami de misère, dévoré par les bestioles. Par-delà les siècles et les frontières, des sentiments identiques, dans les deux cas, sans aucune parole.

Je me souviens de deux escales à l'aéroport ultra-moderne de la capitale de la Malaisie, à l'aller et au retour d'un court séjour sur l'île de Java, où je voulais voir le Chandi Borobudur, un matin, au lever du jour, lorsque le site est encore noyé dans le brouillard et que la grande chaleur rend l'atmosphère des lieux semblable à celle régnant à l'intérieur d'un hammam maghrébin. J'y étais seul, dans l'un et l'autre lieu, à l'aéroport, dans un grand hall vide et bleuté, dans les « allées » extérieures du temple, bordées de bas-reliefs orangés racontant la vie merveilleuse du Bouddha et semblables à des coursives courant le long des terrasses superposées du monument pyramidal, couronné en son sommet d'un stupa en forme de cloche. Dans le film de TSAI Ming-Liang, souvent, la caméra, immobile, filme de l'intérieur un temple moderne et inachevé, celui d'un futur parking ou d'un centre commercial, fait de terrasses de béton courant autour d'un trou, de forme géométrique, rempli de l'eau des dernières pluies, et doublant ainsi le nombre des galeries, lugubres et grises. Comme un Chandi inversé, dans tous les sens de l'adjectif ! Les lignes, là, sont en général rectilignes  et brisées, alors que dans les étages plus ou moins effondrés du taudis où vivent les Bengalis, règnent les courbes et les couleurs, celles, entre autres, de leur torse nu et luisant de sueur ou de l'eau de la toilette, torse semblable à celui des bouddhas calmes et parfois souriants qui méditent sur les terrasses de Borobudur.    

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Temple de Borobudur, île de Java, Indonésie ; photo @gab

Je suis retourné, depuis, à Kuala-Lumpur, ville géante et moderne, au sens où, comme quasiment partout en Asie désormais, se côtoient deux espaces. Les quartiers « traditionnels », à savoir faits de petits immeubles de béton d’une grande laideur en général, peuplés les uns d’Indiens, les autres de Chinois, et parsemés de rares temples, à l’intérieur desquels on se sent comme « retranché » du monde, à défaut d’être transporté comme à Borobudur au-delà du monde. Et puis les hautes tours de métal et de verre, rivalisant d’originalité architecturale, parfois même d’une certaine beauté, surmontant des malls réfrigérés, grandes allées étincelantes de lumières, de réclames, bordées d’étendues vitrées protégeant les étalages de la mondialisation marchande et reflétant toute une jeunesse déambulante, portable en main et lourde mèche de cheveux lisses, la plupart du temps noirs ou poil de carotte car oxygénés, tombant sur les yeux. Et m’y promenant parfois, car il y fait frais, je ne peux que songer à ceux qui les ont bâtis, ces buildings géants, forêts noires et montagnes grises à la fois, à ceux qui rêvent, une fois retournés dans leur pays, de se faire construire, dans une banlieue lointaine de Dhaka ou de Calcutta, une petite maison vaguement prétentieuse, pour prouver à leur famille que leur souffrance doublement cachée, à celle-ci comme aux gamins en balade dans le paysage artificiel où ils passent leur temps, n’aura pas été inutile.

23 février 2012

max emanuel cencić 2

[ suite de max emanuel cencić 1...]

J’ai toujours entretenu avec l’art baroque une étrange relation, faite d’amour et de détestation. Sans que jamais je n’arrive à comprendre ce que j’éprouvais réellement face aux volutes dorés des intérieurs surchargés des églises brésiliennes du Minas Gerais, au spectacle du Songe d’une nuit d’été , une nuit d’été justement, lors d’un festival de théâtre en Corrèze, à l’écoute des motets de Monteverdi (oh, la beauté céleste du Duo seraphim à trois voix découvert il y a si longtemps !), à la vision du dernier film d’Eric Rohmer, Les Amours d’Astrée et de Céladon, scrupuleuse mise en images, dans l'esprit, du célèbre roman d’Honoré d’Urfé. Peut-être en premier lieu de la fascination face à des formes artistiques destinées à assurer la victoire éphémère de Dionysos sur Apollon.

De la fascination, en effet, au spectacle de Il sant’Alessio, opéra-oratorio baroque de Stefano Landi, mis en scène par Benjamin Lazar, orfèvre en la matière, véritable magicien de la lumière et fin connaisseur de la peinture de Pierre de Cortone, au cours de cette période charnière, entre Renaissance et Baroque, lorsque, face à une  Réforme luthérienne privilégiant la rigueur et l’austérité des formes, s’était répandue une  Contre-Réforme faite de luxuriance et de sensualité. Dans les œuvres de cette époque, tous les rôles étaient tenus par des chanteurs mâles, les féminins par des castrats puis, plus tard, par des contre-ténors. (Quelle étrange démarche d'ailleurs que celle qui conduisit à interdire aux femmes les rôles féminins, afin de ne pas troubler l'ordre public, et de ce fait imposer aux spectateurs des hommes travestis en femmes, et porteurs, ainsi, d'une certaine ambiguïté...) Dans ce Il sant’Asessio, est conté l’histoire d’un certain Alexis qui, le jour de son mariage, décida de s’enfuir pour se mettre au service unique de Dieu, la non-épousée étant alors recueillie dans la famille de celui qui aurait dû devenir son époux. Dix-sept ans plus tard, il revient, méconnaissable, chez ses parents, dans les guenilles d'un mendiant, et s’installe chez eux comme serviteur, tout près donc de celle qui continue d’attendre celui qu’elle aime toujours. Dix-sept nouvelles années après, il mourra après avoir laissé un testament dans lequel il dévoilera sa véritable identité.

Dans la sublime version qui fut proposée au théâtre de Caen il y a quelques années par Les Arts Florissants et la Maîtrise de Caen, l’ensemble étant dirigé par William Christie, c’est Philippe Jaroussky qui tint le rôle de Sant’Alessio et Max Emanuel  Cencić celui de celle qui ne fut jamais son « épouse ». Le décor est constitué d’une façade de bois mobile agrémentée de baies et d’escaliers permettant aux acteurs de se montrer, de disparaître, d’évoluer à la lueur incertaine des bougies, seules à éclairer la scène. Le jeu des acteurs est codifié à l’extrême, semblable à celui de Stéphanie Crayencour et Andy Gillet - éphèbe au visage laiteux et au sexe incertain qui, pour côtoyer celle qu'il aime, devra se déguiser en femme - dans le film de Rohmer. Comme dans Le Songe... de Shakespeare, des scènes burlesques, bouffonnes et masquées, sont mêlées à des tragiques, et c’est le Diable qui pointe du doigt le monstrueux égoïsme d’un Alexis contemplant des années durant la douleur de ses parents et de la femme qui l’aime, et jouant de leur douleur sans jamais leur avouer sa véritable identité. Un « Diable », personnage central d’un livret écrit par un certain Guilo Rospigliosi, qui deviendra pape en 1667 sous le nom de Clément IX, un « Diable » qui dira donc la vérité à la face de « saint » Alexis. Cela ne manque pas de piquant et c’est cela le barroco, ce terme évoquant les lignes irrégulières d'une pierre précieuse dans la langue qui fut longtemps chuchotée au coeur de l’église aujourd’hui abandonnée de Saõ Francisco, cernée par les broussailles, sur les hauteurs d'Ouro Preto, au Brésil...

Max Emanuel Cencić est bouleversant dans son rôle de Sposa et son chant d’une sensualité troublante. Il semble loin le temps des Wiener Sängerknaben, et pourtant si proche, là, parmi les petits sopranos de la Maîtrise de Caen,  dont les voix cristallines doivent lui rappeler tant de souvenirs, même si les tenues de marin de son enfance ont laissé la place à d'éblouissants costumes aussi précieux que variés, au service d'un spectacle d'une rare beauté.   

15 février 2012

constance

L’actualité syrienne, si trouble ces temps, a réveillé en moi des souvenirs d’il y a quelques années. On m'avait demandé un service lors d’un passage à Alep : accompagner un fonctionnaire des douanes de ce pays venu inventorier le mobilier d'une maison située en vieille ville. Leurs propriétaires, des Français, avaient quitté le pays pour des vacances scolaires et le destin avait fait qu'ils n'allaient plus y revenir. Avant que tout ne soit déménagé, une expertise devait être conduite par des "experts" afin que nulle antiquité ne quitte la Syrie sans que des taxes ne lui soient appliquées... Alors, avec mon bagage un peu disparate d'anglais et d'arabe, suis donc allé, un soir, dans une ruelle située derrière la Citadelle à la recherche du n°16 de la ruelle qu’on m’avait indiquée. Les lieux étaient fort sombres, de rares ombres me croisaient rapidement, des femmes de noir vêtues, souvent fantomatiques, des gamins chargés de vider la poubelle familiale sur les immondices déjà présents aux carrefours, là où passeraient, bien plus tard, les chargés du nettoyage urbain. Auparavant, des chats, des chiens se chargeraient, une partie de la nuit, de mettre encore un peu plus de désordre dans ce fatras de déchets alimentaires, de myriades de bulles de polystyrène voletant comme cristaux de neige au vent mauvais qui s'engouffrait en ce froid mois d'avril tout alentour.

J'enfonçai la clef, la tournai, poussai la porte gonflée par l'humidité et me retrouvai dans la cour intérieure d'une riche demeure ottomane du XIXe siècle, chargée de plantes vertes en pots asséchées, et donnant sur les nombreuses pièces de la maison. Et j'attendis là la venue du chargé de la visite "officielle" des lieux. C'est avec lui que se passa l'inspection, de chambre en chambre, en l'absence donc de ses occupants. Et je me sentais, d'instant en instant, de plus en plus mal à l'aise, ayant l'impression d'arpenter la maison d'un homme ou d’une femme célèbre dont les possessions auraient été livrées à la curiosité du public. L'ensemble était mortifère et, si peu de temps après mon détour parisien par l'appartement d'un ami venant de décéder, je ne ressentais que lassitude face à ces tables de marbre, ces tapis, nombreux, ces lampes ouvragées, me disant que tout cela n'avait aucune importance, ne servait à rien, n'était qu'objets dans un magasin de souvenirs, et qu'ils allaient disparaître, un jour, tout comme leur propriétaire. Il y avait encore des mégots dans les cendriers, des habits jetés sur le lit, de la vaisselle non lavée près de l’évier, comme si les vivants avaient disparu d'un coup de baguette magique. Et cette belle maison alépine traditionnelle, d'une dizaine de pièces, avec iwan ouvragé et poutres décorées, finalement, elle sentait la mort. syrie,alep,maurice béjart

Alep, église maronite ; photo ©gab

Je dus y retourner quelques jours plus tard, pour la visite d'autres "experts", mais cette fois de jour. Sur le chemin, une vieille femme, le regard plein de haine, m'a hurlé de m'en retourner, que, comme j'étais dans une impasse, je n'avais pas à être là ! Et elle me lança sur la poitrine la bassine en plastique qu’elle portait sous le bras. Alep a changé, tout comme la France des années 60 : les cœurs des villes ont été délaissés par la bourgeoisie éduquée qui y habitait et, à sa place, une population d'origine paysanne, victime et actrice de l'exode rural, est venue s'installer dans des demeures qu'elles ont réorganisées à leur guise à coups de parpaings laissés bruts. De belles villas, souvent prétentieuses, avec "tout le confort", se sont construites à la périphérie et des quartiers entiers ont périclité. Et, tout comme en France, dans les dernières années, la prise de conscience par les autorités politiques de la richesse des lieux a amené leur restauration, leur "boboïsation" également, avec un nouveau changement de propriétaires. Souvent architectes, décorateurs, stylistes, souvent étrangers, souvent loin des traditions de la ville, aussi bien de celle des anciens habitants que des paysans "urbanisés" du voisinage, ils ont apporté en sauvant un patrimoine une autre manière de vivre, élargissant, entre autres, les failles et les ruptures dans les sociétés locales... De jour, donc, la cour intérieure m'a semblé plus riante avec des chats passant, des oiseaux voletant entre les branches poussiéreuses des ficus et puis, attendant longtemps mes hôtes, j'ai refait le tour des pièces, demeurées froides malgré le soleil qui illuminait le ciel. Sur les murs, des affiches de spectacles chorégraphiques dans lesquels s'était illustrée, à Sedan, il y a longtemps, Constance, un poster de Maurice Béjart, et puis une photo mouchetée d'elle à ses côtés. Depuis sa "retraite" de danseuse, elle vivait là, à Alep, entourée de ses souvenirs, de ses bibelots et de son compagnon, instituteur à l'Ecole Française de la ville. De temps en temps, ils invitaient des musiciens traditionnels, des danseurs soufis, car ils s'intéressaient à tout cet exotisme musulman qui s'accordait au mieux avec leur mobilier acheté à Damas ou Alep, commodes de marqueterie, tables recouvertes de mosaïque, étagères surchargées de vases, de bols, d'aiguières, lustres de cristal dans la pure mode ottomane de la fascination pour l'Italie et la Bohème. 

Et puis, partis en vacances en France, Constance, se sentant fatiguée depuis un certain temps, accepta de se faire examiner par un médecin. Les analyses furent sans appel : elle souffrait d'une leucémie avancée, et il n'était plus question pour elle de retrouver son palais alépin. Son compagnon, conscient qu'il lui faudrait, lui-aussi, rester en France, réussit à s'y faire muter. Quelques jours après mes visites, il revint superviser le déménagement de leurs trésors. Entre temps, un courriel m'avait averti de l'état de santé bien précaire de Constance. Après avoir accumulé moult objets, il lui faudrait accumuler, un moment, moult boites de médicaments avant que tout ne s'efface, son rêve alépin, et puis sa vie.

06 février 2012

salah hamouri

Il y a plus de deux ans, l'éditorialiste d'un grand hebdomadaire culturel se demandait, à propos d'événements survenus au Sri Lanka, pourquoi les médias et les intellectuels occidentaux, si prompts à se mobiliser pour Gaza, étaient restés bien silencieux lors des massacres autrement plus meurtriers de la population tamoule. Et il concluait son article par les propos suivants : « Il serait peut-être grand temps de se demander pourquoi l'opinion est prête à se mobiliser pour 1500 Gazaouis, ce qui est légitime, mais pas pour 20 000 Sri-Lankais (ou 200 000 Darfouris...), ce qui est scandaleux. Cette géométrie variable dans l'indignation devrait poser question à tout humaniste digne de ce nom ».

Je n'ose imaginer que notre éditorialiste ne connaît pas la réponse à son pourquoi ! Elle est contenue dans la phrase prononcée il y a quelques années par une femme palestinienne et écrivain, interviewée à la radio et qui déclarait ceci : « Heureusement que notre ennemi a été Israël, car ainsi on a pu faire connaître notre cause ! Sinon, nous aurions été jetés dans les poubelles de l'Histoire ! ». La voilà la réponse : ce ne sont pas les Gazaouis en eux-mêmes qui intéressent médias et intellectuels. Depuis trois ans, depuis donc la fin de l'opération israélienne « plomb durci » (je suis toujours éberlué par la capacité inventive déployée pour nommer ces entreprises de mort), la situation n’est pas très rose dans l'enclave surpeuplée, pas un sou ou presque pour la reconstruction n'est arrivé, la misère et le désespoir sont toujours au rendez-vous, mais qui en parle ? Personne ou presque. Pourquoi ? Simplement parce qu'Israël n'est pas "concerné," ou, disons mieux : que son Etat, son armée, ses habitants ne sont pas directement touchés par la situation. On ne doit pas oublier cet article paru dans le journal Le Monde il y a déjà longtemps (mais rien n’a changé) et qui proposait comme titre : « Un attentat frappe Israël après plusieurs mois de calme » ; dans le corps dudit article, on apprenait au détour d'une phrase qu'au cours de ces "mois de calme", plusieurs centaines de Palestiniens avaient été tués... L'opinion médiatique n'est donc « prête à se mobiliser pour quelque 1500 Gazaouis » que lorsque Israël est directement "concerné" (en bien ou en mal, là n’est pas la question). Sinon...

Le Sri Lanka, qui cela intéresse, dites-moi ? Des Cinghalais contre des Tamouls ! Et le Darfour ? Des Noirs contre des Noirs... Alors que "Israël/Palestine", là, c'est autre chose : des Arabes contre des Blancs ! Des Blancs ? Oui, les Israéliens, ils sont comme nous, ils sont blancs ! Et occidentaux, comme nous ! Ils participent à la coupe d'Europe de foot, au prix Eurovision de la chanson. Lorsqu'un de leurs porte-parole (de l'armée, des colons, du Ministère des Affaires Etrangères, etc.) cause, ce n'est jamais un Falacha, il parle un français parfait, connaît toutes les subtilités de notre langue et est à même de répondre sans hésiter à toute question un peu difficile, contrairement au "camp" d'en face, où ils sont vraiment "étrangers", souvent bronzés, bafouillant et ne pouvant "rebondir" immédiatement au moindre piège posé par un journaliste. Bon, il y a une exception tout de même : le "soldat-franco-israélien" Guilad Shalit. Il ne parle pas un mot de français, mais là, ce n'est pas pareil !

palestine,jérusalem,israël,iran,gaza,tibet,ouïgours,chineC'est dans un restaurant de Jérusalem que j'ai rencontré il y a quelques jours, Salah Hamouri, le jeune franco-palestinien (qui lui parle français !) à peine libéré des diverses prisons où il a passé sept années de sa vie, de 19 à 26 ans, pour avoir eu l'intention d'assassiner le rabbin Ovadia Yossef. S'il n'avait pas plaidé coupable, sa peine aurait été doublée. Il n'y a jamais eu la moindre preuve pour étayer l'accusation, mais l'appartenance du futur condamné au Front Populaire de Libération de la Palestine a été comme LE signe de son évidente culpabilité. Quant à Ovadia Yossef, rabbin d'origine irakienne, âgé aujourd'hui de plus de 90 ans, il avait tout de même déclaré en 2010 et sans que cela n'émeuve nos médias occidentaux, contrairement aux élucubrations de quelques islamistes tunisiens ou égyptiens voulant légiférer sur le port du bikini : "Les Goyim [les "non juifs"] sont nés pour nous servir. Leur seul rôle dans le monde  est  de servir le peuple d'Israël".  Salah Hamouri, lui, en tant que "résident" hiérosolymitain, n'est administrativement ni israélien, ni palestinien, juste dans cet entre-deux où, titulaire d'une carte de séjour pouvant lui être retirée à tout moment, il est comme "expatrié" dans la ville où il est né. Le visage lisse, calme et déterminé, parmi les senteurs des cafés turcs et des narguilés, il garde espoir, malgré les années de prison, l'espoir de vivre comme citoyen à part entière d'un monde où les médias feraient preuve d'un humanisme digne de ce nom.

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